Le terme biodiversité (contraction de diversité biologique) a été créé au milieu des années 80 mais n’a échappé au « sérail » des biologistes écologues qu’après le « Sommet de la Terre » à la Conférence de Rio en juin 1992. On y élaborait la Convention Internationale sur la Diversité Biologique, un traité conclu au niveau mondial et ratifié aujourd’hui par 188 pays. La biodiversité partait alors à la conquête des Sciences humaines et sociales, des médias, des politiques et du grand public, et on trouve ce mot partout aujourd’hui. Il regroupe en fait des sens très différents selon les publics et usagers et il est souvent confondu avec diversité spécifique, l’ensemble des espèces vivantes (micro-organismes, champignons, végétaux et animaux) qui peuplent les milieux, mais la biodiversité est en fait beaucoup plus que cela. Scientifiquement, elle regroupe quatre grandes problématiques, (1) les mécanismes biologiques de la diversité, (2) l’écologie fonctionnelle et la biocomplexité, (3) la mise en place des stratégies de conservation pour préserver l’héritage naturel attendu pour les générations futures, et (4) la nature « utile » à l’homme pour ses besoins (alimentation, médicaments…).
La Vie s’est développée dans l’océan primitif il y a quelques 3,9 milliards d’années, finalement peu de temps après la fin du refroidissement de la planète, et a été capable d’élaborer depuis largement plus d’un milliard d’espèces, apparues puis disparues. Cinq grandes crises d’extinction ont déjà eu lieu, mais liées à des causes naturelles plus ou moins violentes. Aujourd’hui, 1,8 millions d’espèces vivantes sont décrites et nous nous accordons pour estimer la diversité spécifique actuelle à plus de 14 millions d’espèces (au moins). Cette biodiversité est très menacée actuellement pour quatre grandes raisons qui sont la destruction et la contamination des milieux naturels, la prédation en excès et la surexploitation des ressources naturelles, les introductions anarchiques d’espèces de milieux à d’autres et le réchauffement climatique (généré par l’homme). L’homme a très rapidement (après la conquête du feu) été de plus en plus impactant sur les milieux naturels et les a transformés. Nous ne faisons en fait aujourd’hui que prolonger et accélérer ce mouvement, amplifié par la surpopulation humaine et ses activités et l’idée délétère « d’asservissement de la Nature ». En trois siècles, l’homme aura épuisé la totalité des ressources combustibles fossiles accumulées durant des centaines de millions d’années et aujourd’hui une espèce vivante disparaît de la planète toutes les 20 minutes ! Quelles mesures devons-nous prendre pour stopper cela et laisser à nos descendants une Nature harmonieuse où il fera « bon vivre » ? En vertu de quoi, détruisons-nous un patrimoine naturel attendu par les générations futures ? Si nous ne modifions pas radicalement notre mode de vie, alors la sixième grande extinction est inéluctable. Professeur Gilles BOEUF,
Directeur de l’Unité UPMC/CNRS de l’Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-Mer, Président du Comité Scientifique de l’IFREMER
Rédigé par Conservatoire National du Saumon Sauvage le 14/05/2007
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